RomainSaillant
ENTREPRENEURIAT

Comment écrire un livre à deux ?

Le 16 Juin 2022, j’ai sorti avec mon acolyte Yann Leonardi un livre sur la Growth, sobrement intitulé “Growth Marketing”. Un ouvrage qui traite des stratégies de croissance d’un produit ou service, avec des modèles et une méthodologie applicables à tous types de projets.

Pour l’écrire, nous avons utilisé nos expériences professionnelles et nos convictions, et les avons questionnées. Nous avons rencontré de nombreux acteurs de la Growth, et revu l’ensemble des concepts existants. Et nous avons réalisé une synthèse de tout cela, en essayant de proposer une approche stratégique de la Growth, dans une méthode à la fois intemporelle et universelle.

Mais écrire un livre à deux demande un bon niveau d’organisation et des méthodes. En effet, comment synchroniser deux personnes qui ne peuvent pas écrire sur les mêmes plages horaires ? Et comment faire pour que l’ensemble soit le plus cohérent possible ?

C’est ce que nous sommes parvenus à faire en adaptant le concept du Growth Hacking Process à l’écriture d’un livre.

À retrouver dans cet article :

- Écrire un livre avec le Growth Hacking Process
- L'écriture d'un livre à deux
- Suivre l’avancement du livre
- Bilan du système d’écriture

Écrire un livre avec le Growth Hacking Process

Si vous ne le connaissez pas déjà, le Growth Hacking Process est un système cyclique qui organise l’expérimentation dans le cadre d’une stratégie de croissance d’un produit ou service. Il propose notamment un découpage en 4 étapes : l’analyse de la situation, la génération d’idées d’expériences, la priorisation des expériences, et le test en lui-même.

Growth Hacking Process

Pour pouvoir l’appliquer à l’écriture d’un livre, il nous a évidemment fallu adapter ce concept. Tout d’abord, nous n’allions pas devoir mener à bien des expériences mais rédiger des chapitres. Ensuite, ces chapitres ne connaitraient pas de priorisation : nous devions tous les écrire, sans exception.

Mais ces chapitres, que nous avions défini auparavant dans un sommaire détaillé, allaient bien devoir passer par un cycle en plusieurs étapes :
- L’un des deux auteurs allait générer des idées pour un chapitre : définir les sujets à aborder, les exemples à donner, et les grandes idées à faire passer
- Il allait ensuite rédiger une première version de ce chapitre, ce qui correspondrait à l’étape de test du Growth Hacking Process
- Le second auteur allait alors pouvoir relire ce chapitre pour y apporter des commentaires et des suggestions, ce qui correspondrait à l’étape d’analyse du Growth Hacking Process
- Le premier auteur allait alors apporter des corrections en fonction des remarques, et le cycle tournerait ainsi jusqu’à aboutir à la version la plus idéale de ce chapitre

Nous avions ainsi résolu une partie de nos problèmes d’organisation : en nous occupant chacun de chapitres respectifs, nous n’étions plus dépendants l’un de l’autre et pouvions donc écrire aux horaires les plus adaptés à nos agendas bien remplis. Et la relecture par l’autre garantissait que chaque chapitre porte notre vision à tous les deux. Cette relecture pouvait de plus être faite de façon asynchrone, puisque nous pouvions commencer à travailler sur un nouveau chapitre lorsque nous attendions qu’une correction soit apportée.

Cependant, pour organiser un tel système, il fallait être outillés en conséquence. En effet, nous devions savoir facilement quel chapitre en était à quelle étape, lesquels attendaient des relectures ou des corrections de notre part, et quel était notre état d’avancement global sur le livre.

L'écriture d'un livre à deux

Pour pouvoir organiser ce “Growth Hacking Process de livre”, nous avons créé un Notion permettant de faire avancer chaque chapitre au travers de plusieurs étapes :

- “Pas commencé” : les chapitres sur lesquels nous n’avions pas encore du tout travaillé. Cette liste était utile pour y lister tous les chapitres à écrire mais également pour “jeter des idées à la volée” dans la page d’un chapitre lorsque nous en avions

- “En écriture” : les chapitres sur lesquels l’un de nous était en train de travailler. Lorsque l’un des deux auteurs commençait à travailler sur un chapitre, il se l'attribuait et le passait dans cette catégorie

- “Relecture” : les chapitres en relecture par l’auteur ne les ayant pas écrit. Lorsqu’un des deux auteurs terminait une première version d’un chapitre, il le passait dans cette catégorie, et l’attribuait à l’autre

- “Corrections” : les chapitres en correction. Lorsque l’auteur qui relisait terminait sa relecture et ses commentaires, il passait le chapitre dans cette étape et l’attribuait à l’autre qui pouvait alors procéder aux corrections et ajustements

- “Rédigé” : les chapitres entièrement validés par les deux auteurs, et dont la rédaction était donc terminée

Chapitres d'un livre sur Notion

Grâce à ce système, nous profitions ainsi au maximum de la souplesse de Notion : la vue par étapes nous permettait de voir en un clin d’oeil l’ensemble des chapitres et ceux sur lesquels nous devions avancer, et chaque chapitre était lui-même une page dans laquelle nous pouvions rédiger le chapitre en question.

À l’intérieur de cette page, nous pouvions commenter une partie du texte à l’étape de la relecture afin de très facilement faire nos retours entre nous, voire lancer des débats sur un point précis lorsque cela était nécessaire.

Détail d'un chapitre sur Notion

Grâce à ce Notion, nous pouvions donc avancer les différents chapitres du livre, chacun à leur rythme et sans avoir besoin d’être synchronisés entre nous. Cependant, ce grand tableau de chapitres ne nous suffisait pas à avoir une idée précise de notre avancement global.

Suivre l’avancement du livre

Afin de suivre l’avancement global du livre, nous avons assigné à chaque chapitre un pourcentage d’avancement, qui se mettait automatiquement à jour en fonction de son état :
- 0% pour “Pas commencé”
- 25% pour “En écriture”
- 50% pour “Relecture”
- 75% pour “Corrections”
- 100% pour “Rédigé”

Ensuite, nous avons utilisé un concept très utile de Notion : les rollups (ou agrégations en bon français). Les rollups sont des fonctions qui permettent de réaliser un calcul basé sur une relation. Donc si une base de données est liée à une autre, on peut faire des calculs dans la première base de données qui sont liée à la deuxième, et vice-versa.

Dans notre cas, nous avons créé une seconde base de données en plus de celle des chapitres : une base des grandes parties du livre. Chaque chapitre était ainsi lié à une partie, et les parties étaient liées à plusieurs chapitres. Nous pouvions ainsi ajouter une propriété rollup à chaque partie, qui calculait l’avancement de la partie en faisant la moyenne des avancements de chacun des chapitres auxquels elle était liée.

Ainsi, en arrivant sur notre Notion du livre, nous avions tout de suite un aperçu de l’état d’avancement de chaque partie.

Suivi d'un livre sur Notion

Si le sujet vous intéresse, j’ai créé un template Notion qui regroupe tous les éléments dont je vous ai parlés : les chapitres, leur tableau d’avancement, et les parties avec leur pourcentage d’avancement moyen.

Bilan du système d’écriture

Comme vous avez pu le voir, cette adaptation du Growth Hacking Process pour l’écriture d’un livre en utilisant Notion a été d’une grande aide dans la rédaction de notre livre Growth Marketing. Elle a favorisé notre efficacité dans un contexte où c’est indispensable : celui d’écrire un livre en parallèle d’une activité principale. Elle nous a permis d’écrire (ou de relire l’autre) sur les moments les plus adaptés à nos rythmes respectifs, et d’avoir une vue claire sur où nous en étions.

Il faut néanmoins noter quelques éléments importants sur les limites que pouvait avoir ce système :

- Tout d’abord, les pourcentages d’avancement de chaque chapitre ne sont pas parfaitement représentatifs. Ils avancent en effet entre chaque étape de 25%, alors que le passage d’un chapitre de l’étape des corrections à l’étape finale prend par exemple plus de temps que certaines autres étapes. Ce système offre une bonne vue globale, mais il n’est pas parfait car on ne peut pas connaître le degré réel d’avancement d’un chapitre.

- Le fait de se répartir les chapitres est efficace, mais peut créer un décalage de ton. En effet, si les deux auteurs ont des styles d’écriture très différents, il se peut que l’on constate des écarts entre les chapitres. Voilà pourquoi une relecture de l’ensemble par une tierce personne est indispensable. Cette tierce personne peut proposer des modifications dans la formulation (pas seulement des corrections orthographiques) qui lissent les différences entre les chapitres. Dans notre cas, c’est notre éditeur Eyrolles qui a assuré ce rôle.

- Ce système d’organisation permet d’écrire et de relire l’autre de façon asynchrone, mais ne supprime pas le besoin de faire des points d’avancement réguliers entre les auteurs. Dans notre cas, nous avions une réunion d’écriture en visio toutes les semaines ou toutes les deux semaines. Cela nous permettait de faire le point sur l’état d’avancement général du livre, mais surtout de creuser des points importants dont on ne pouvait pas débattre à travers de simples commentaires sur Notion. Ce sont ces points réguliers qui nous aidaient à nous remettre régulièrement en question et à pousser plus loin nos raisonnements, afin d’obtenir le livre le plus abouti possible.

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